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Survivre au froid

Le premier octobre de cette année, les tentes chauffées de l’association Notchlejka de Saint-Pétersbourg ont ouvert leurs portes de toile aux sans-abri de la ville. D’une capacité d’une cinquantaine de places, elles offrent un refuge contre le froid hivernal, des repas et des vêtements chauds, des soins médicaux qui représentent une sécurité, certes relative, mais vitale pour les plus précaires.

« Une nuit dans une tente chauffée ou une assiette de soupe chaude ne vous sortent pas de la rue mais vous gardent en vie et maintiennent votre santé. » explique Grigoriï Sverdline, le directeur de l’association. C’est aussi ce qu’il appelle dans son jargon professionnel « un point de contact » pour les personnes en grande détresse. Dans les tentes, on les informe de l’aide que l’association peut leur apporter pour des papiers égarés, trouver un logement ou un appartement, toucher sa retraite, retrouver sa famille.

Dimitri, 32 ans, diplômé en philosophie a perdu son travail, il ne peut plus payer son appartement : « Je n’avais nulle part où aller, je n’avais plus ni téléphone, ni argent. Je résolvais comme je pouvais un problème après l’autre. Où manger ? Où dormir ? Où trouver des informations pour un emploi ? » Après s’être fait volé son passeport, l’argent économisé pour louer une chambre, Dimitri baisse les bras et fait une tentative de suicide. En novembre 2016, alors qu’il cherche à se protéger du froid, on lui parle des tentes chauffées. Il s’y rend, discute de sa situation avec un bénévole qui lui propose de l’aider à refaire ses papiers et à trouver du travail. Pendant quatre mois, Dimitri sera hébergé dans le foyer de Notchlejka. Il travaille aujourd’hui comme attaché de presse dans une entreprise.

Tant qu’une personne dispose de suffisamment de forces pour se battre, si elle gagne un peu d’argent pour manger, si elle trouve un toit pour la nuit, si une autre personne s’intéresse à elle, elle a des chances de s’en sortir. Mais s’il n’y a rien que la solitude et l’errance, c’est la fin de tout espoir.

Les tentes de Notchlejka sont ouvertes de 20 h à 8 h le lendemain matin. L’hiver dernier près de huit cents sans-abri y ont trouvé refuge. Les forces prises pendant la nuit permettent de résister au froid dans la journée. Le froid, ce redoutable ennemi des personnes qui vivent dehors a aussi fait une victime cet été. Pourtant les températures étaient supérieures à zéro mais le vent glacial du nord a raison des personnes les plus fragiles.

En Russie, dans plusieurs villes, on trouve maintenant des tentes chauffées pendant l’hiver sur le modèle de Notchlejka. Par exemple, à Ijevsk, en Oudmourtie (970 km de Moscou), l’association Tiopliï krov (Un abri au chaud) en collaboration avec l’administration et la paroisse de la ville ouvre chaque hiver une tente qui peut accueillir quarante personnes. La température moyenne de – 15°C fait de nombreuses victimes chaque année. C’est pourquoi en 2014, un représentant de Tiopliï krov s’est rendu à Saint-Pétersbourg pour étudier les méthodes de Notchlejka en matière de protection des sans-abri.

A Vladimir, l’association Tiopliï dom (nouveau nom de Blago) héberge des sans-abri dans une maison qu’elle a rénovée à Novaya Bykovka, un village proche. L’hiver dernier, quarante personnes y ont été hébergées. L’association a créé une petite ferme pour être autosuffisante. En revanche, elle manque de fonds pour se procurer des manteaux et des chaussures chaudes, des médicaments, se chauffer. Elle doit absolument changer la porte d’entrée de la maison qui n’est plus hermétique. Roman, le nouveau directeur essaie aussi de trouver du travail dans les entreprises environnantes pour permettre un retour à une vie normale aux personnes qui s’adressent à Tiopliï dom.

André a 42 ans. Suite à l’incendie de sa maison, il s’est retrouvé à la rue en plein hiver. Il est arrivé à Novaya Bykovka en 2014. Il a trouvé du travail dans une scierie qui lui fournissait également un logement. Mais son employeur a cessé de lui payer son salaire et Andreï est revenu au foyer en 2016. Il n’y est pas resté inactif, prenant une grande part aux activités de la ferme. En avril 2017, Tiopliï dom lui a trouvé un emploi dans une usine de meubles. Andreï est soulagé et fier d’avoir pu s’acheter une vieille voiture qui lui permet d’aider le foyer pour le transport des personnes et des marchandises.

Sans secours, sans chaleur, les sans-abri de Russie sont exposés à de graves conséquences. Chaque année, le nombre d’amputations dû au gel est considérable. Nombre de personnes qui sont à la rue sont invalides ce qui les rend encore plus fragiles. La chaîne de solidarité qui se constitue grâce à des associations qui essaient de protéger les personnes sans abri des rudes conditions climatiques mais aussi de trouver des solutions plus pérennes, grâce à des paroisses aux moyens plus modestes, mais qui procurent des repas chauds reste sans doute le soutien le plus efficace aux sans-abri russes.

En novembre, 240 personnes ont passé la nuit dans une des trois tentes chauffées de l’association Notchlejka, échappant au froid qui peut être mortel, 1558 nuitées ont été assurées. L’autobus de nuit s’est porté au secours de 360 personnes en distribuant 1975 repas chauds. Cette année, une laverie solidaire a pu ouvrir ses portes grâce au soutien d’une entreprise locale. Les personnes sans abri peuvent venir y laver gratuitement leurs affaires. Le vestiaire, si indispensable en hiver ne désemplit pas. En effet, des chaussures trempées par la neige, des pieds nus dans des bottes en feutre percées ou élimées et c’est la gelure assurée, voire la gangrène et l’amputation. Un nouveau local doit être aménagé en décembre pour mieux accueillir les personnes en détresse.
Plus même que l’abri, les soins, les repas, c’est le fil ténu de l’espoir qui relie ces hommes et ces femmes aux bénévoles qui est si important. Les bénévoles, qui n’attendent ni reconnaissance ni louanges regardent les sans-abri comme des êtres humains, comme leurs semblables.

Les grands froids sont encore à venir. Grâce à vos dons, les premières difficultés ont été surmontées, les trois tentes chauffées, les premières victimes du froid hébergées. Poursuivons nos efforts pour rompre la macabre routine du décompte des morts au petit matin dans les rues de Saint-Pétersbourg.
Merci de votre générosité à tous.

Si vous souhaitez soutenir les personnes sans abri en Russie

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