Acer-Russie | Aide sociale à la Russie

Les sans-abri à Vladimir et Saint-Pétersbourg

Compte rendu de la soirée du vendredi 03 octobre 2014

Igor Peteline et Andreï Chavarine de l’association Blago de Vladimir et Grigoriï Sverdline de l’association Notchlejka de Saint-Pétersbourg ont présenté leur travail et répondu aux questions de l’ACER-RUSSIE et du public. Voici un résumé de cette soirée très intéressante.

Présentation de Notchlejka

La vidéo présente les différentes activités de Notchlejka, association non gouvernementale fondée il y a vingt-quatre ans. Toutes statistiques confondues, Saint-Pétersbourg compte environ 60 000 sans-abri.

- un minibus distribue des repas chauds tous les jours dans des quartiers éloignés depuis onze ans. 26 000 repas ont été distribués à 4 000 bénéficiaires en 2013 ainsi que des médicaments et des vêtements chauds. Chaque soir, cent cinquante personnes sont nourries au cours de cinq arrêts. L’équipe du bus est composée de quatre bénévoles.

- un foyer de 52 places, le plus grand de la ville ainsi que différents services d’aide sont situés dans un bâtiment en ville. Les différents services proposés sont l’aide à l’établissement de papiers, la recherche d’emploi, de logement, de famille ou de proches, soutien juridique, toute aide permettant de sortir d’une situation critique, en particulier des arnaques immobilières très fréquentes à Saint-Pétersbourg.

Présentation de Blago

Vladimir est une ville de 400 000 habitants à 200 km de Moscou. On y compte environ 2 000 sans-abri. Blago est une jeune association qui s’est enregistrée comme ONG en 2013. Elle travaille sur deux programmes, le premier est un refuge pour les sans-abri, situé en ville, près de la gare. En été, l’accueil se fait de 7 h du soir à 8 h du matin. Les gens sont logés dans des mobil home, à part se trouve le bureau du responsable. Quand une personne demande l’asile pour la nuit, il en profite pour discuter, connaître ses problèmes. Il y a aussi un mobil home pour les personnes qui ont un emploi et un autre pour les femmes qui sont peu nombreuses. A partir du 1er novembre, les portes sont ouvertes 24h sur 24.

Le second programme est un centre de réinsertion à la campagne. Une bâtisse délabrée a été mise à la disposition de Blago qui l’a reconstruite et aménagée avec l’aide des sans-abri eux-mêmes. L’hiver dernier, il y avait quinze résidents. Petit à petit une ferme avec un poulailler, des chèvres, un grand jardin potager voit le jour pour réduire les dépenses alimentaires. Les personnes hébergées sont chargées du fonctionnement de la ferme. L’objectif est d’être auto-suffisant. C’est déjà le cas pour la viande. Des accords avec des entreprises agricoles donnent aux sans-abri sans papiers la possibilité de travailler.

Résumé des interventions et des questions

Q : Quelle est la composition sociologique des sans-abri ? On parle souvent de problèmes d’enregistrement, de propiska, mais de quoi s’agit-il au juste ?

G. S : Si nous dressions un portrait type, le sans-abri est un homme de 40 ans (70%) ; 5% sont victimes de malversations immobilières, en général des personnes âgées, des retraités. Près de 40% sont d’anciens pensionnaires d’orphelinats et bien sûr dans les grandes villes beaucoup d’hommes sont venus cherchés du travail et se retrouvent à la rue sans en trouver. 90% des sans-abri sont des citoyens russes, 10% viennent d’Asie centrale.

Le système d’enregistrement est le problème principal des sans-abri. C’est un héritage de l’Union soviétique. Chaque homme possède un passeport intérieur dans lequel est apposé un cachet d’enregistrement. Pour obtenir ce cachet, il faut un justificatif de logement, une attestation de propriété ou de location. Tous les droits citoyens, le droit au travail, à la sécurité sociale sont liés, non pas à l’individu mais au tampon dans le passeport. Evidemment, l’immense majorité des sans-abri ne dispose pas de ce cachet puisqu’ils sont sans logement ce qui les prive de la possibilité de travailler, de se soigner, de recevoir une pension, … Environ cinquante personnes passent chaque jour par le service social de Notchlejka et la demande la plus fréquente est l’aide à la recherche d’emploi.

Q : Pouvez-vous nous parler de vos projets autres que ceux présentés précédemment et nous dire comment vous vous préparez pour l’hiver ?

G. S. : Chaque hiver, notre activité prend de l’ampleur avec les tentes chauffées. A Saint-Pétersbourg, la température moyenne est de – 11. Chaque année, selon les données officielles, 2 000 à 4 000 sans-abri trouvent la mort dans la rue de notre ville. La moitié de ces décès se produit en hiver. Les tentes chauffées ont une capacité d’accueil de 50 à 60 personnes, l’accueil commence à 20 h avec une rencontre avec le travailleur social, un repas, le médecin si nécessaire et le matin avant de partir, un petit-déjeuner est servi. Le premier de nos soucis en hiver est d’éviter les gelures qui conduisent à l’amputation, voire à la mort. Notre but final, qui est aussi notre plus grande joie est le retour à une vie normale, un travail, un logement, un placement pour les personnes handicapées, une maison de retraite pour les personnes âgées. Il faut compter un an de démarches pour y parvenir.

I. P. : On annonce un hiver rigoureux en Russie. Nous avons lancé une collecte de couvertures et de vêtements et surtout de chaussures imperméables et chaudes, essentielles pour se protéger du froid. G. S. : En Russie, peu d’associations s’occupent des sans-abri, une cinquantaine pour tout le territoire. Nous les connaissons toutes, Notchlejka est la plus importante, la plus ancienne, la plus expérimentée.  Comme nous avons prévu d’accueillir chaque nuit quarante personnes près de la gare, nous avons un besoin en vêtements très important. Nous avons également prévu de doubler la capacité d’accueil de notre foyer. L’année dernière, elle était de quinze personnes, nous voulons arriver à trente.

Q. : D’une manière générale, pouvez-vous nous dire quel est le système d’aide aux sans-abri au niveau fédéral, de l’Eglise, de la population, des bénévoles…

G. S. : La particularité de Notchlejka est d’accepter les personnes sans papier alors que les autres foyers les refusent. Ils exigent une multitude de papiers (passeport, attestation prouvant l’absence de logement, du dernier foyer d’hébergement, une dizaine de documents en tout). C’est ainsi que l’on arrive à une situation kafkaïenne où Notchlejka est débordé alors que les autres foyers de Saint-Pétersbourg sont à moitié vides. L’Eglise, certaines paroisses ont une activité de vestiaire, l’éparchie nous fournit le pain pour la distribution du minibus. A ma connaissance, c’est tout. Je sais qu’à Moscou, la participation de l’Eglise orthodoxe est plus importante.

En ce qui concerne les bénévoles, nous en avons quatre-vingt, pour l’essentiel, des jeunes de 20-25 ans. Parfois d’anciens sans-abri comme le coordinateur des tentes chauffées ces deux dernières années. En 2011 lui-même dormait sous ces tentes.

Quant à la population, le stéréotype le plus répandu en Russie est que si vous êtes à la rue, c’est de votre faute. Nous travaillons à expliquer quelles raisons mènent à la rue et surtout, qu’en hiver, si on voit une personne allongée par terre dans le froid, il ne faut pas passer son chemin sans rien faire. Pour sensibiliser les Pétersbourgeois, nous créons des événements. Depuis trois ans, nous organisons un festival de musique avec des musiciens célèbres comme Chevtchouk ou Grebenchtchikov, qui donnent des interviews, font parler de nous, montrent l’exemple en soutenant la cause des sans-abri.

I. P. : A Vladimir, nous avons une dizaine de bénévoles et les sans-abri eux-mêmes participent aux travaux.  L’Eglise ne nous aide pas du tout, mais nous pouvons laisser des informations dans les paroisses sur nos hébergements.  Quant aux habitants de la ville, nous essayons aussi de les sensibiliser, notamment en faisant des collectes de vêtements.

Q. : Les relations avec les autorités évoluent-elles ? Quelles sont les contacts et les collaborations entre les associations en Russie ?

I. P. : Dans notre petite ville, nous entretenons des contacts permanents avec Notchlejka par mail, via Internet. Leurs documents, leur expérience nous sont très utiles. Nous avons pour le moment de très bonnes relations avec l’administration. Nous préparons des demandes de subvention en espérant qu’elles seront suivies d’effet. Le centre d’accueil pour sans-abri facilite les démarches pour les papiers, les soins et donne un accès aux douches.

G. S. : En Russie, peu d’associations s’occupent des sans-abri, une cinquantaine pour tout le territoire. Nous les connaissons toutes, Notchlejka est la plus importante, la plus ancienne, la plus expérimentée. Nous sommes en contact permanent. Nous avons élaboré des modèles type : comment organisé un point chauffé, un ravitaillement ambulant, … A Saint-Pétersbourg, outre Notchlejka, travaille l’Ordre de Malte qui monte une tente depuis trois ans et une autre organisation qui propose un repas par semaine, soit en tout trois associations. Et malheureusement, c’est tout.

Pour l’administration, je dirais que les relations ne sont pas simples. D’un côté, la municipalité réalise que notre action est indispensable, d’un autre côté elle réprouve le bruit que nous faisons pour nous fair connaître, pour faire connaître la situation des sans-abri. L’administration déteste plus que tout le bruit. Les autorités en Russie préfèrent taire les problèmes. Je dirais que ce n’est pas tant les relations qui se détériorent que le fait qu’il est de plus en plus difficile d’obtenir la participation des autorités. C’est un problème pour tout le pays.

Q. : Quels sont vos financements en-dehors de l’ACER-RUSSIE ?

I. P. : Nous comptons 5% de dons privés, l’ACER-RUSSIE représente les 95% restant.

G. S. : A l’échelle de la Russie, notre association n’est pas très importante. Nous avons treize collaborateurs, un peu plus en hiver. C’est la multiplicité des sources de nos revenus qui nous permet de travailler : 10% la ville (qui repartent à la ville sous forme d’impôt), 40% de dons privés, 10% de participation des entreprises, 40% de fonds de l’étranger.

 

 

 

 

 

 

 

 

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